ARISTIDE : LA FIN D’UNE HISTOIRE

Réseau HEM par Dan Albertini

hahonte3Non, ce n’est pas une affiche de cinémac’est la réalité dans son état pur, une vertu de la caméra. Les images sont choquantes, provocantes, révoltantes même après une semaine, mais c’est  Haïti. C’est l’histoire d’Haïti. Un petit bateau escorté par deux vedettes du Garde-côte américain décharge sa clientèle en pleine mer, mieux, sans pont, sans quai, au beau milieu de Key Biscayne à Miami. Où est le rapport ? Eh bien, ce sont des Haïtiens qui dit-on, fuyaient Haïti. La scène est filmée en continu et, selon nos sources, le scénario était prévu puisque les médias ciblés avaient été avisés deux heures à l’avance. Un scénario qui n’est pas sans rappeler la fin du règne des Duvalier. La même méthode. Un calque de l’époque. Hollywood elle-même ne saurait feindre l’indifférence, l’inspiration était gratuite. Ce n’était malheureusement pas Hollywood qui tournait, il aurait mieux valu pour les Haïtiens. Mais la scène est réelle. Des enfants en bas âges sont attrapés du bateau par des gardes, gants de protection en latex en mains, selon le protocole des opérations à risques. Un coup médiatique très riche en images pour les Américains, très pauvre en espoir pour les Haïtiens et une honte pour le gouvernement Aristide-Neptune. Ce dernier qui, selon certaines sources d’informations, n’arrive pas à livrer la marchandise, telle que promise dans l’accord avec L’OEA, court le risque de voir son mandat écourté. C’est un ordre dit-on en haut lieu, Aristide doit partir. Alors on prépare l’opinion internationale, mieux, la conscience de la communauté haïtienne internationale. L’administration Bush voudrait éviter de la provoquer, relativement à l’approche du deux centième anniversaire de la révolution haïtienne à St. Domingue.

hahont12Les indices se multiplient depuis quelques temps et la panique s’installe. Le taux de change de la gourde a grimpé pour atteindre un niveau dangereux pour l’économie haïtienne. Plus de 30 gourdes pour l’achat d’un dollar us. et 35 pour la revente, c’était suicidaire. Aujourd’hui il vacille entre 37 et 38 gourdes pour la revente, le pays s’enfonce comme dans un sable mouvant. Certaines banques prévoyaient même une hausse jusqu’à 50 gourdes pour le dollar us. qui équivalait autrefois à 5 gourdes. Cela semble se préciser mais certains économistes disent que c’est conjoncturel. La situation était à un point si grave qu’une rumeur avait circulé, laissant croire à la nationalisation des comptes en dollars américains. Le lendemain la Banque de la République (BRH) avait noté des retraits massifs totalisant 20 millions de dollars. Le cabinet du président Aristide avait émis un démenti formel, tentant ainsi de rassurer les milieux financiers mais la rumeur persiste. L’économiste en chef d’une des grandes banques du pays, qui a requis l’anonymat, explique qu’à son avis cela demeure dans l’ordre du possible parce que le gouvernement ne survivrait pas à une chute sévère des réserves en dollar us. Techniquement, ce serait la faillite. Il y a de cela très peu de temps, dans un autre ordre d’idée, le chef d’un parti politique dévoilait l’existence d’un document américain qui réclamait le départ du président Aristide. Il avait été démenti par les Américains. Il y a de cela près de deux semaines, une source du Congrès Américain requérant l’anonymat confirmait sa véracité. Le représentant des USA à l’OEA n’a pas manqué de faire des vagues après l’affaire de Key Biscayne en condamnant le gouvernement Aristide avec des propos peu reluisants. Ce n’est pas sans rappeler l’annonce prématurée du départ de Duvalier par Ronald Reagan. Une semaine plus tard, soit le 7 février 1986 Duvalier partait pour la France. Le nombre d’indices significatifs augmente et on en trouve au Canada aussi. Le décès de l’ambassadeur haïtien à Ottawa coïncidait avec la fin d’une ère au Canada, on indique sans détour la porte à Jean Chrétien. La dynamique interne du parti provoque des  brèches. Les fuites d’informations viennent de partout, comme pour le dossier de l’éthique parlementaire et des surplus budgétaires. C’est ainsi qu’une information nous est parvenue. Nous avons appris que Ottawa ne s’empresserait pas d’accueillir le fruit d’un décret présidentiel, c’est à dire un nouvel ambassadeur. La caducité des chambres rend la chose illégale et peu recommandable dans les circonstances. C’est le ministre conseiller de l’ambassade qui endosse les nouvelles responsabilités mais Ottawa ne s’empresse en rien. La gestion de plusieurs dossiers dont celui de la déportation des jeunes délinquants haïtiens est sur la glace. Pour aller plus loin, le projet de visite au Canada du président Aristide a pris du plomb dans l’aile. selon une source Lavalasse, tout a été remis en question, même les commandes de cadeaux sont réévaluées. Le clan duvaliériste s’affaire et perçois le pouvoir de plus près. Si certains les croient out of the biseness, c’est de loin leur perception à eux. Des lobbys se font même auprès de certains anciens diplomates et hommes de pouvoir influents ici même au Québec. Les rencontres  au restaurant se multiplient en ce sens, les appels à Washington aussi. Si la prudence est de mise, c’est que toutes les cartes ne sont pas encore sur la table. Un analyste en études américaines nous disait à ce sujet que le président Bush voudrait probablement se débarrasser de ce problème pendant une éventuelle attaque armée en Iraq. La pilule serait mieux avalée. La déclaration  d’un porte-parole haïtien en réponse, critiquant rapidement la politique de Bush face à l’Iraq rejoignait le nombre des indices. Plus qu’une simple pression, la menace de l’ambassadeur des USA à L’OEA. a été perçu comme un signe des temps pour Aristide qui semble jouer la politique du pire. En bref, les jours de la présidence d’Aristide seraient ajusté à la baisse.

hahonte9Une odeur de manipulation – Si les images sont pour la plupart révoltantes il parait évident que la manipulation était aussi au rendez-vous. L’un des passagers du bateau apparemment habitué à la caméra, se prêtait au jeu sans difficultés. S’exprimant très bien en Espagnol, il expliquait aux journalistes qu’il n’avait plus rien à manger en Haïti. Aucun lien avec l’image du misérabilisme, il était l’un des plus costauds du voyage. La coïncidence est trop suspecte. De plus, la tenue de cette petite fille en tenue du dimanche est de loin l’image de ceux qui pratiquent le sauve qui peut. D’autres indices encore trahissent l’origine d’un coup orchestré pour fin de dénigrement du pouvoir en place. Il est réellement surprenant de voir que la marine américaine qui patrouille régulièrement les eaux territoriales haïtiennes en vertu d’une entente avec l’état haïtien n’a pas pu intercepter le bateau comme à l’habitude. Comme par hasard, celui-ci a pu traverser les eaux internationales de la Caraïbe sans être vu et, de pénétrer profondément l’espace maritime américain avant d’être conduit au Key Biscayne pour être photographié. Un peu plus, ce serait la croisière s’amuse !

hahonte4La drogue ne facilite pas les choses. Haïti a déjà été considéré dans le temps comme un carrefour important de la drogue qui rentrait aux USA. La réalité n’aurait pas changé, sinon que l’histoire se répèterait. Les années 80 ont vu le beau-frère du président Duvalier emprisonné à Puerto-Rico pour une affaire de transport de drogue par avion. L’après Duvalier aussi avait ses adeptes. La mort du colonel Paul avait été associée à l’époque avec un réseau de drogue. La premier titulaire du portefeuille de la justice sous le CNG de Namphy avait dû démissionner à cause d’un scandale de pot de vin dans la libération de prisonniers du cartel colombien. Depuis, Haïti n’a jamais cessé d’être sur la liste rouge des USA jusqu’à la première version Aristide (91) qui semblait lutter contre ce trafic. Cependant, le coup d’état sanglant du général Cédras avait causé beaucoup de surprises aussi. Parmi les gens assassinés, on avait retrouvé un certains Frantz Pierre-Louis sur les marches de l’escalier d’une maison de débauche nommée Casa Blanca. C’était un membre de la sécurité rapproché du président. Frantz Pierre-Louis faisait partie du service détaché depuis l’ère de Duvalier où il tenait une maison de prostituées dominicaines. Il avait la réputation d’être branché dans le réseau du colonel assassiné.  Plus tard, l’assassinat d’une juriste avait fait aussi beaucoup de vague, plusieurs doutes pesaient sur l’entourage du président. Les circonstances auraient atténuées la teneur des informations qui voulaient qu’un jeune frère de la juriste serait très actif dans le transport de la drogue par bateau. La culture était profonde. Il n’était donc pas surprenant de voir, lors de la prestation de serment du président Préval, parmi ses supporteurs juste à côté de lui, un jeune mulâtre qui a déjà eu affaire avec la police à cause de la drogue sous le CNG. Aujourd’hui encore, certains membres de l’entourage du président Aristide sont pointés du doigt par le service narcotique américain. La possession d’un modèle de voiture tout terrain serait très associée au profil des narcotrafiquants en Haïti. La valeur étant très élevée pour un pays pauvre comme Haïti, le trafic de la drogue demeure la seule source de financement facile. Le pays en regorge. Bien que ce soit un faux problème évoquer par l’administration américaine, cela ne peut que représenter un bon prétexte pour ternir l’image du pays qui en souffre plus que trop.

Haïti aura beau déclaré son indépendance que l’inconscience de ses chefs d’état et la morbidité de leur gouvernement lui imposent encore l’assujettissement à d’autres puissances. Son budget depuis les temps de Duvalier, depuis l’occupation américaine disent certains analystes, a toujours été tributaire de la faveur américaine. La guerre froide aidant, Duvalier père avait souvent tiré son épingle du jeu. La chute du Bloc de l’Est a eu des conséquences néfastes sur les velléités souverainistes de tous les chefs d’état qui s’y sont succédés. Les trois éditions de gouvernement Lavalasse n’ont pas guère contribué à améliorer les choses. Au contraire, les relations internationales sont aussi flottantes que la monnaie du pays. En ce sens, la loi qui libérait la gourde haïtienne du dollar américain, loin de résoudre la situation comme promis, a enseveli l’économie locale. Les rentrées déjà insuffisantes sont en gourdes et les dépenses en dollars (à un taux de 37+- gdes / $1.00 US aujourd’hui). Seule la Communauté Haïtienne Internationale permet au pays de survivre avec un peu de dignité. Malgré tout, le constat est décevant, la politique du président Aristide ne tient pas réellement compte de cette donnée. La loi du 12 août qui gère les relations avec cette communauté, au lieu d’intégrer parfaitement, elle est encore punitive. Pour ce qui est de son application … , le traitement à l’aéroport en dit long. D’autre part, la sécurité du président ne fait plus l’objet de la compétence des Haïtiens eux-mêmes. Ce sont des Américains qui protègent le président contre ses propres compatriotes ce, depuis son retour en 1994. Les secrets d’état sont à la merci de mercenaires étrangers, et cela coûte une fortune. Pendant ce temps les citoyens du pays meurent encore, l’impunité et les injustices sont encore la norme et la famine s’étend. Si le président Aristide avait entraîné le peuple à une certaine époque, vers un nationaliste anti-américain, le temps a pris sa revanche car les bateaux de réfugiés prennent tous la direction des côtes de la Floride et plus d’un million d’Haïtiens y vivent sans projet de retour. Le Canada aussi en abrite plus de 100.000 selon les statistiques et, le nombre de cadres formés qui émigrent, augmente de jour en jour.

Occupation ou Intervention, le spectre est inquiétant

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Haïti Honte

La carte de la Communauté Haïtienne Internationale est devenue un fardeau pour ce gouvernement qui n’a su manifester un intérêt réel de rapprochement avec ce partenaire naturel. Par comparaison, les ouvertures diplomatiques avec Cuba démontrent clairement les effets de la volonté du gouvernement. Par contre, l’initiative de la semaine de la diaspora depuis le gouvernement Lavalasse de Préval, n’a jamais rapporté des fruits pour le pays. Elle démontre la nature de ses relations avec ce qu’il considère comme une diaspora. Ce sont les sympathisants qui y sont invités aux frais de l’état. Une véritable histoire de famille. L’absence d’organisation au niveau des ressources était à ce point déplorable, la même pratique existe encore aujourd’hui. La gravité de la situation est telle que le titulaire de ce ministère qui accompagnait le président au Sommet des Amériques à Québec en avril 2001, ignorait même le niveau et les principes de paiement de la dette extérieure du pays. Il a été disait-il, celui qui avait préparé les négociations lors de ce sommet économique. Ce n’est pas sans surprise que nous avions appris par la suite que c’est le Canada qui avait préparé le dossier d’Haïti. Pourtant, la Communauté haïtienne du Canada regorge de spécialistes en finances et en économie qui travaillent pour de grandes firmes internationales. En fermant cette avenue, le président se fait conseiller par une petite clique de flatteurs. Des individus qui ont une vision très réduite des principes de l’économie mondiale.  La raison d’état, à ce point-ci, n’avait pas empêché aux étrangers de fouiner dans les affaires haïtiennes. La cour des flatteurs non plus n’en était pas privée. Si le président préfère s’enfermer derrière ses grandes barrières protégées par des Américains, la Communauté Haïtienne Internationale non plus ne lui voue cette admiration des premières heures. Ses relations sont gérées au petit bonheur; représentant de Nepturne, employés de la fonction consulaire qui ne touchent pas depuis plus deux mois.

Les conditions du retour en 1994 pèsent encore très lourd dans la balance. L’armée américaine était sans aucun doute, la garantie du président Aristide, en 1994. Aujourd’hui, ce sont des mercenaires étrangers. Les promesses faites par devant l’assemblée générale de l’ONU et sur les parvis même de la maison blanche ont transcendé le deuxième mandat de Aristide. La confusion qui a résulté de l’éclatement du noyau Lavalasse n’a nullement aidé l’ancien  curé de St. Bosco. Au contraire, loin de renforcer son pouvoir, elle l’a ramolli. Plus que les adversaires de l’opposition, l’ennemi était interne. Ce qui était impensable au début commençait à se réaliser et le pouvoir du président Aristide fondait comme du beurre. Comme un mégalomane, le président Aristide n’a pas résisté au besoin d’écarter tous les proches qui symbolisaient une menace potentielle pour son pouvoir personnel. Ce sont ses alliés qui ont fait les frais, il ne lui resta que les Américains.

Si l’on considère l’obstination du président Bush face à ceux qu’il considère comme des ennemis des USA, les jours du président Aristide sont réellement comptés. Une situation qui augmente la peine de ce pays qui n’a pas jamais bénéficié de la sympathie des grandes nations. Le gouvernement Aristide-Nepturne se trouve coincé dans le même engrenage que ses prédécesseurs. Il est surtout prisonnier de son propre piège: appeler à l’embargo et au boycott international des dirigeants contestés, évacuant l’avenue du consensus nationale. Le plus inquiétant c’est la tentation totalitaire alors que le pays traverse une crise économique récurrente. Qu’adviendrait-il si les leviers économiques étaient favorables? C’est encore sous la même forme que l’ombre de Duvalier plane sur ce pays. Cela explique bien le fait que les Haïtiens aient perdu le goût du risque. Tout au moins pour la présidence à vie !

Ces archives datent de novembre 2002 et les photos de octobre 2002. Réseau HEM était hébergé sur http://pages.globetrotter.net/cgi-bin/cgiwrap/reseauhem/files en sous répertoire car le nom de domaine n’était encore acquis.

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