HAROLD FAUSTIN ET LE JAZZ INTERNATIONAL À MONTRÉAL

Le phénomène de l’émigration vers la diaspora a depuis quelques années, enrichie les canons du chapitre montréalais. Les frontières communes avec New York, Boston etc. ont renforcé la compétition et, cela pour le meilleur. Plusieurs grands compositeurs haïtiens vivent maintenant à Montréal, on parle de ti Claude Marcellin, de Joe Trouillot, Eval Manigat etc. La pépinière est tout aussi fertile même si influencée par le hip hop comme les Black Parents. Le milieu protestant n’en démord pas, elle constitue une source importante même pour le séculier. Cependant, parmi toute la gamme il y a lieu d’établir une différence.

Elle se distingue par le communautaire, le local et l’international. Si la clientèle du communautaire est plutôt exclusive, elle fait le nombre par contre. Et, cela fait le poids dans la balance. Parlez-en aux compagnies de location d’instruments, aux ingénieurs de sons, les haïtiens de Montréal pèsent lourds dans la balance. Les salles de bal.

Parlons-en du hip hop, une touche spécifique de la nôtre c’est le parler haïtien. Elle s’imprègne dans la musique et même les  »de souche » s’en mêlent. Luck Merville a taillé sa place, il a fait son nom. Les thématiques chantées sont pour la plupart réelles et non imaginaires. C’est une autre esthétique.

Il y a aussi l’internationale et plus spécifiquement le jazz de Harold Faustin. C’est de lui que nous traitons dans cet article. Digne de n’importe quel grand jazzman américain dont les répertoires courent les concerts internationaux, sa partition sait plaire. Si le festival International de Jazz de Montréal ne s’y met pas, cet été je n’irai pas tout simplement. Au nom de tous les miens, je réclame une grande scène spécifiquement haïtienne cette année, incluant toute la structure d’une grande. Nous sommes tout de même distincts dans cette société distincte.

C’est au cégep Marie Victorin que Harold Faustin a jeté sa dernière gomme, le public l’a suivi. Même si Harold a tendance à réduire le côté costume à sa plus simple expression, dans sa chorégraphie, il n’en demeure pas moins fidèle à son rythme tantôt endiablé, tantôt lyrique ou reposant. C’est en passant à travers de notes aiguës pour traverser le bémols afin d’aboutir à la contrebas, qu’il nous livre le meilleur de lui-même.

Si la rythmique de Harold peut dire silence on jazz, elle s’y prête aussi à toute interprétation scénique comme le fait si bien la talentueuse danseuse et chorégraphe Sandra Rénélic. C’est surtout la capacité de se renouveler qui fait de Harold Faustin un maître. De son concert au Japon, en passant par Silence on Jazz à la maison de la culture Frontenac l’an dernier, il offre au public l’effet d’une rhapsodie inversée. C’est lui qui entraîne son public et l’instruit comme dans parallélisme, une pièce qui n’a pas perdu de sa saveur. Amoureux de sa guitare, il partage un courant qu’il fait traverser chez tous les autres de son sextet.

C’est une émotion qui fait vibrer l’auditoire au point de se laisser aller jusqu’à décrire des scènes imaginaires. Une émotion qui permet la co-création. L’artiste sait faire, nous lui rendons hommageJournal PAMH/été-2001

dan@danalbertini.ca


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